Connaître quelques repères historiques permet de comprendre pourquoi l'administration pénitentiaire est ce qu'elle est aujourd'hui, et de répondre avec aisance à une question de culture générale du jury.
La prison comme peine : une invention récente
Sous l'Ancien Régime, la prison sert surtout à retenir avant jugement ; les peines sont corporelles, les galères, le bannissement. La Révolution et le code pénal de 1791 font de la privation de liberté la peine de référence. Au XIXe siècle, les maisons centrales (longues peines) et les maisons d'arrêt (départementales) se mettent en place, les débats opposent isolement cellulaire et travail collectif, et les bagnes coloniaux (Guyane, Nouvelle-Calédonie) accueillent les condamnés aux travaux forcés jusqu'à leur fermeture, en 1938 pour les envois et 1953 pour le dernier retour.
Du ministère de l'Intérieur au ministère de la Justice
Longtemps rattachée à l'Intérieur, l'administration pénitentiaire passe au ministère de la Justice en 1911. Après la Seconde Guerre mondiale, la réforme Amor (1945) pose un principe fondateur : « la peine privative de liberté a pour but essentiel l'amendement et le reclassement social du condamné ». Elle crée les premiers éducateurs, le juge de l'application des peines (1958) et les centres de détention orientés vers la réinsertion.
La professionnalisation des surveillants
Le corps des gardiens de prison devient celui des surveillants avec un statut, une formation et une école : l'ENAP, créée en 1893 à Paris puis installée à Fleury-Mérogis et enfin à Agen en 2000. Les grands mouvements sociaux des années 1970 à 1990 obtiennent le statut spécial, la reconnaissance de la pénibilité et la catégorie active. Les années 2000 voient l'informatisation, la vidéosurveillance, les équipes régionales d'intervention (ERIS, 2003), puis la reprise des extractions judiciaires par les surveillants à partir de 2011.
La période contemporaine
La loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 codifie les droits des détenus et la mission de réinsertion ; la création du renseignement pénitentiaire et des quartiers d'évaluation de la radicalisation répond aux attentats ; le code pénitentiaire entre en vigueur en 2022 ; la réforme statutaire récente reclasse le corps d'encadrement et d'application en catégorie B, et un vaste programme immobilier de 15 000 places vise à réduire la surpopulation, le défi majeur de l'institution aujourd'hui.